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Éleveur et fromager à la Ferme du Maupas — Martizay
« On monte dans le tracteur, on va traire les vaches, on fait le fromage, on va le vendre. Toujours les mêmes mains qui font tout ça, mais en famille. »
Vincent Meurgue
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À Martizay, en plein cœur du Parc naturel régional de la Brenne, la Ferme du Maupas cultive depuis bientôt trente ans un même fil conducteur : celui de la famille. Tout commence en 1996, quand Étienne et Edwige, frère et sœur venus de la Vienne, s'installent sur le lieu-dit du Maupas et créent le GAEC avec un troupeau de vaches Prim'Holstein et un cheptel caprin. Gilles, l'époux d'Edwige, les rejoint en 2000 pour développer l'élevage.
En 2019, c'est au tour de Vincent, le fils d'Edwige et Gilles, de s'installer à son tour sur la ferme familiale. Il porte avec lui un projet qui va changer le visage de l'exploitation : la création d'une fromagerie. Elle voit le jour le 1ᵉʳ février 2020.
« Aujourd'hui, la ferme, c'est la maman Edwige, le tonton Étienne, mon petit frère Christophe et moi-même, résume-t-il. Et à côté, il y a ma petite sœur Océane, en cours d'installation, ainsi qu’un salariéchat. » Une exploitation à taille humaine, mais bien vivante : 90 vaches laitières de races Prim'Holstein et Montbéliarde, sur environ 120 hectares de terres nourricières.
Depuis le lancement de la fromagerie, la Ferme du Maupas transforme environ un tiers de sa production laitière — soit près de 200 000 litres sur les 650 000 litres produits chaque année par le troupeau. De quoi alimenter une gamme commercialisée sous le nom "La Vache Brennouse, Ferme du Maupas" et devenue étonnamment large : camembrenne, brennochon, tomme de Brenne, fromage à tartiner côté fromages ; yaourts, crèmes desserts, skyr et fromage blanc côté produits frais.
Mais c'est bien le camembrenne qui reste, selon les mots de Vincent, « l'indétrônable ». Sa particularité ? Il change au fil des saisons, en fonction de ce que les vaches broutent et du climat. « Chaque semaine, on a une clientèle très fidèle qui l'achète, et chaque semaine ce ne sera pas le même fromage, explique-t-il. Il évolue en goût, en texture, en saveur… C'est ce qui fait sa magie. » Une régularité dans l'irrégularité, aux antipodes des produits industriels calibrés.
Côté chiffres, une matinée de fabrication peut représenter une quinzaine de tommes, une centaine de camembrenne, une cinquantaine de brennochons et plusieurs centaines de yaourts — un rythme de travail soutenu qui occupe toute la famille.
Vaches et fromages ne sont pas les seuls habitants du Maupas. À l'initiative d'Océane et de sa maman, une ferme découverte s'est développée ces dernières années, bien au-delà de la mini-ferme des débuts. On y croise aujourd'hui des alpagas, des ânes, une petite vache Highland, une vingtaine de variétés de canards et de pigeons, des chèvres et des moutons.
L'ambition est claire : s'adresser à tous les publics. Familles, amis, couples viennent en visite libre ou guidée ; des groupes scolaires, du plus jeune âge jusqu'au lycée, découvrent le fonctionnement de la ferme ; des personnes en situation de handicap et des personnes âgées sont également accueillies, tout comme les anniversaires d'enfants. Les visites de groupe s'accompagnent souvent d'ateliers bien concrets : fabrication du beurre, moulage de fromages… « Tout ce qui touche au concret de la ferme », résume Vincent.
Le circuit court n'est pas qu'un argument marketing à la Ferme du Maupas, c'est une organisation pensée dans son ensemble. Les vaches se nourrissent des champs alentour, le lait « passe juste de l'autre côté d'un mur » pour être transformé sur place, et les effluents d'élevage sont valorisés en engrais pour les terres. Un tracker solaire alimente même directement la salle de traite et la fromagerie en énergie.
On retrouve les produits à la boutique de la ferme, ouverte plusieurs fois par semaine, ainsi que sur les marchés du Blanc (mercredi matin), de Mézières-en-Brenne (jeudi matin) et de Chauvigny (samedi matin). La ferme travaille aussi avec le Drive Fermier 36 à Châteauroux et le réseau Cagette et Fourchette, qui permet de fournir écoles et particuliers. Épiceries, magasins et restaurateurs de la région complètent une distribution assurée en grande partie par la famille elle-même.
Pour Vincent, être installé en Cœur de Brenne, c'est bénéficier d'un cadre de vie exceptionnel autant que d'un tissu local dynamique — marchés, restaurateurs, clientèle fidèle — sans oublier l'affluence touristique qui profite aussi bien aux visites qu'à la vente directe.
Le métier d'agriculteur n'est pas de tout repos, Vincent ne le cache pas : « Il y a des jours où on termine avec des doutes, et des jours où on termine plein d'espoir, avec le soleil qui se couche sur les animaux. » Ce qui fait la différence, selon lui, c'est d'avancer en famille et d'être au contact direct des consommateurs devenus, avec le temps, partie intégrante du quotidien de la ferme.
« C'est la fierté d'avoir un produit brut et d'en faire un produit fini », conclut-il — un produit qui part du champ, passe par l'étable et la fromagerie, et arrive jusqu'à la table, porté par les mêmes mains, celles d'une même famille.